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Palavas café philo avril 2017

 

 

PARLER / SE TAIRE

« Tu aurais mieux fait de te taire »

(Mr ou Mme tout le monde)

 

Octave

Ah ! parle, si tu veux, et ne te fais point, de la sorte, arracher les mots de la bouche.

Silvestre

Qu’ai-je à parler davantage ? Vous n’oubliez aucune circonstance, et vous dites les choses tout justement comme elles sont (Molière, Les fourberies de Scapin 1671)

 

Avertissement : mon texte est long -bavard peut être-, le rabot ne lui est pas passé dessus et le temps a manqué, lui qui fissure les blocs les plus hermétiques pour les aérer ou laisser entrer des « jours » de lumière.

On peut donc zigzaguer dedans…ou aller directement aux annexes.

Pour ceux à qui la lecture du document apparait trop difficile à partir de la typographie du blog, un exemplaire Word peut m’être demandé directement : merle.pierre@orange.fr (mettre café philo dans la barre d’objet du courriel).

 

Paroles, paroles : le café philo Palavas discoureur ?

Et pourquoi pas, pendant que vous y êtes, péroreur ou hâbleur[1] !?

Non, non, bien sûr, mon titre n’est pas une critique du choix de thème fait pour cette soirée d’avril. D’autant que mon goût pour ces questions n’a pu vous échapper. Il est juste un clin d’œil à un certain nombre de séances précédentes : «Tu parles » (mai 2015), « Mot Juste » (octobre 2016). Sans oublier « Communication » (nov. 2014), même s’il n’est pas sûr que le langage, et la parole en tous cas, n’existent que pour ça. (La communication ne s’y réduit pas d’ailleurs puisque : le non-verbal).

 

Mais voilà que, comme dans tous les bons repas [ceux où on mange bien ou ceux où les convives sont de qualité ?] les plats repassent…et on se ressert ! Le thème plébiscité est cette fois-ci :

parler/ se taire

Véritable plat-surprise…et d’intrigue ! Mais allons-y à travers les chemins les plus broussailleux de la linguistique*[2] jusqu’à nos expériences les plus communes et aller-retour.

 

Les préliminaires[3] : réflexions syntaxiques*

Parler, se taire. Drôle de couple. Deux verbes. Pas des verbes « d’état » (façons d’être) mais des verbes « d’action ». Dont l’un…d’inaction ? Se taire, est-ce vraiment « ne pas parler », constat froid et neutre[4], ou bien est-ce au contraire une attitude volontaire à laquelle on peut trouver un sens grâce au contexte ? On y reviendra.

Parler. Le verbe se suffit à lui-même. Génial, non ?

« Ils parlèrent longtemps »… Oui, mais de quoi, demande le curieux…ou l’utilitariste ?

Bien sûr, on peut parler de[5] quelque chose à tout prix, ou « de tout et de rien », qui est une sorte de quelque chose… ;mais pourquoi ne pas se laisser captiver d’abord par le mot tout seul, épuré : « parler ».

À lui tout seul, le fait : « parler » contient des pistes d’interrogations jamais closes même si bien des choses savantes sont acquises depuis longtemps : l’être humain parle, ça serait même sa spécificité absolue, être l’être parlant, plus certaine encore que être pensant. ? Parler est ainsi au croisement du langage -faculté humaine d’articuler des sons ou d’autres types de signes conventionnels- et de la langue : une langue parmi milliers d’autres[6] qui tient à notre disposition mots, phrases, règles grammaticales, styles pour produire du sens[7] , s’exprimer et communiquer et bien d’autres choses probablement encore.

Parler… et « parole ». À vrai dire, plutôt que le célèbre « il ne lui manque que la parole » pour un chat par exemple, je préférerais énoncer « il ne lui manque que le langage » ou « que le parler » (en prenant le verbe comme substantif). Manière de réserver ce terme de « parole » à l’engagement individuel de la personne dans l’utilisation de la langue. Celui qui a toute sa force dans « tenir parole »

F.de Saussure[8] parlait d’ «un acte dont l’individu est toujours le maître » alors que la langue existe comme système de signes en dehors de l’individu…bien qu’on puisse dire que l’un ne puisse pas exister l’un sans l’autre. De là découle que la parole -qu’elle soit « paroles prononcées », « parole donnée » etc.- est reçue dans des registres multiples d’attentes, d’accueil bienveillant ou de rejet, en tous cas d’évaluation et de jugements qualitatifs car elle est mise d’emblée en relation avec le sujet (l’acteur) humain qui l’énonce.

On constatera que plus les paroles se détachent ou s’éloignent de cet acte d’énonciation premier pour être reprises, rediffusées ou utilisées comme simples énoncés, plus est grand le risque, en les découpant, en les faisant circuler dans des réseaux divers, de les travestir quant à leur sens : d’où la responsabilité du journaliste, du critique, de chacun de nous au quotidien rapportant des propos d’untel ou untel.

Les robots : « ils ont déjà la parole ! » : on pourra discuter des robots « parlant ». Non plus le R2d2 de Stars Wars devenu aussi familier que Nounours mais bien les « assistants personnels intelligents » (et parfois séduisants : l’intelligence artificielle est-elle condamnée à être superficielle ?) : Siri, Cortana etc…

 

Se taire : on a là un verbe pronominal, qu’on suppose actif donc, et réfléchi (le sujet exerce une action sur lui-même) et non pronominal de type réciproques (ils se battent). C’est probablement le sens le plus usité[9]. [Constat au passage : le verbe « parler » a le substantif nominal « parole » mais rien de tel pour « se taire »: la taisance ou la tacitude n’existent pas].

Mais il existe aussi un emploi transitif qu’on ne peut ignorer même si second : taire quelque chose.

Question dès lors : Se taire : est-ce simplement arrêter de parler? Ou bien, systématiquement, taire quelque chose, plus proche alors de retenir, voire de : cacher. Et, si oui, ce que marque le « se » réfléchi, est-ce le soi= taire soi, taire son moi ? Ou bien taire (cacher) quelque chose à autrui. Ou même cacher quelque chose à soi-même, à sa propre conscience ?? Aïe...

De toutes façons, on assumera ce paradoxe qu’on ne peut comprendre le taire…qu’en en parlant.

 

De l’alternative à l‘alternance

Approche logique : on ne peut tout à la fois parler et se taire. Faire les deux à la fois semble impossible, sauf peut-être pour les ventriloques.

On pourrait m’objecter cependant la phrase : « ton silence parle de lui-même ». Oui, mais c’est de la triche: quand il n’y a pas le moindre petit commencement de phonation, (articulation de sons), on a une interprétation totale (et hasardeuse) de l’intention, la volonté de l’autre. Ton silence me parle mais parce que je le traduis à partir de ma propre subjectivité, mon propre souci [10]

L’alternative est donc radicale: soit parler, soit se taire.

 

Mais parler/se taire est aussi un procédé quasi universel d’alternance entre un locuteur et un récepteur, l’un et l’autre tour à tour parlant et écoutant. Après avoir posé l’alternative « l’un ou l’autre », voici donc « l’un après l’autre », alternativement donc (bizarre le double sens du mot alternative). Forme culturelle de la conversation et/ou du dialogue [11]…particulièrement étudié par toute la tradition philosophique depuis sa consécration socratique.

 

En conséquence, pistes et repérages de situations ; dépassement du binaire:

Chacun-e est invité-e à repérer en quoi nous sommes formatés -ou, au contraire, librement auto-conditionnés- à des attitudes, des pratiques, des combinaisons opérationnelles du parler et du se taire. Avec bien souvent un troisième terme à rétablir dans le jeu. Comme ceci n’existe jamais dans l’abstraction il faut y restituer des types de situations précises.

J’en lance quelques-unes, à vous de compléter…et on pourra aussi faire quelques exercices-jeux (chuuut…) de situations (ordinaires…limites…absurdes…why not ?)

 

Toute parole semble être adressée (parler à) si elle ne veut être parole vide, parole en l’air. Mais existe-t-il des adresses indirectes ?

Peut-il y avoir dialogue par la seule alternance parler/ se taire sans introduire se taire et écouter ? et quelles autres dynamiques (ou processus) sont portées par l’idée de dialogue ?

D’où nous vient l’idée que la parole est faite pour exprimer la pensée (celle-ci la précédant) ? Preuves contraires à alimenter : l’émotion qui commande et non la pensée (je veux à tout prix dire ma colère) …ou alors un sentiment d’opposition, une volonté de réfutation mais qui n’a pas trouvé son argument, son texte…

L’idée précédente s’exprime aussi : « si on parle c’est pour dire quelque chose», le mot dire évoquant l’existence d’un réel message. Du coup, quelle expérience avons-nous du « parler pour ne rien dire ». Ah, Pierre, au fait, pense à apporter la séquence Devos à projeter

De même, que nous renvoie le désir/plaisir de papoter un moment ?

Cas de logorrhée : parler, parler, parler…par peur du vide, pour remplir quoi ?

Question vécue par tous (hors famille et parfois en famille) : dans quelle institution classique, le contraire de se taire est bavarder ? (lever le doigt pour répondre)

Registre des valeurs, de la morale, de l’éthique[12]. Exemple de situations (vécues ou non, ou dans la littérature, dans l’histoire) où c’est parler qui est courageux, voire héroïque alors que dans d’autres, c’est se taire (garder secret etc…)

Se réalise-t-on, ou se libère-ton, ou se transforme-t-on, par la parole : situations assignées (à juste titre ou faussement) à cette idée ? Répertoires de la confession, de la psychanalyse (ou de psychothérapies), des entretiens d’aide, d’orientation etc.

(déjà vu à l’occasion de la soirée « mot juste » : trouver ses mots, trouver un mot pour dire ça, les entendre chez les autres (résonnance en soi) etc. Écouter la vie de la langue... ?

Stéréotypes : repérage et dézingage.

La causerie, voire le bavardage, c’est plutôt féminin. Idée alimentée parfois par une femme même, non des moindres : voir la belle sculpture de Camille Claudel : Les causeuses (1897).

Et pour le masculin, quid ? Le silence, la réserve, la retenue, postures nobles ou …viles selon le point de vue ? En fait, il faudrait analyser davantage ce qui contribue à renforcer ces représentations et à les faire valoir comme des « essences » de la féminité ou masculinité. Il y a cependant en effet des tendances observables car on ne se libère pas toujours facilement des habitudes collectives héritées ou des prescriptions de la société…

Encore faut-il introduire une nette distinction entre parole en public -voire parole publique[13] - et usage de la parole dans le privé et dans l’intimité. Selon psychologies.com, nov. 2013 : (pris au hasard) : « Les femmes, plus que les hommes, investissent le couple comme un cocon dans lequel on peut échanger sur soi, sur la relation, sur ses sentiments, sur les enfants, constate-t-elle. Leur parole se déploie dans la sphère intime. Celle des hommes s’exprime davantage dans la sphère sociale. Ce sont des clichés, bien sûr, mais ils perdurent. ». Donc, avec ce principe serait à l’œuvre un credo du type « on doit parler, se parler, en parler » qui entraine que le mutisme dans le couple apparaisse comme violence sournoise. D’autres exemples cinématographiques que le vieux Granier Deferre avec Signoret-Gabon (« le Chat »)

En annexe II : Texte de Plutarque (45 à 120 après JC, Grèce) sur le bavardage. A noter qu’il n’est pas présenté comme exclusivement

 

 

[1] Qui ressemble furieusement à hablar, non, qu’en pensez-vous les hispanistes ?

[2] Les mots marqués de * renvoient à l’annexe 1 « schéma simplifié de la linguistique »

[3] J’aurais dû dire « hors- d’œuvre » pour rester dans ma rubrique culinaire ou continuer de « filer ma métaphore ». Mais à quoi bon persévérer avec le risque de tomber dans l’obstination. Et puis…préliminaires, sur un certain registre, pas inintéressant non plus…

[4] Par exemple « il tenait sa canne à pêche pendant des heures, il ne parlait pas, nul ne sait même s’il pensait à quoi que ce soit » (extrait de Pierre Merle, le phraseur revient dans un instant)

[5] La langue -sauf poétique bien sûr- nous barre la forme « parler quelque chose » et nous prescrit « parler de quelque chose ». Ça m’a toujours intrigué…mais je constate que nombre de grammairiens conviennent que les questions de verbe transitif et intransitif et, surtout, de compléments -d’objet ou non- directs, indirects, circonstanciels se sont obscurcis au fil de l’histoire. La réforme dite du « prédicat » pour l’enseignement dans les petites classes ne me semble pas si mal, malgré le raffut politique autour de ça. Textes à disposition (écrits avant la querelle médiatique de 2017), notamment linguistes francophones québécois.

[6] Il y aurait 6000 langues parlées dont 2500 en perdition (UNESCO) alors que seules 3 à 400 langues écrites

[7] Bref : tout à la fois syntaxe* et sémantique*

[8] Père de la linguistique moderne (1857-1913)

[9] Peut aussi se dire d’une chose « le canon se tait pendant la trêve »

[10] Ou alors il y a du langage gestuel manifeste associé au silence verbal

[11] Quant au monologue, en dehors de sa fonction au théâtre (se parler à soi-même mais pour le public), nous l‘avons déjà rencontré au café philo, de même que le « soliloque » (parler seul en public) mais pas épuisé l’étude…

[12] Ce domaine étant appelé « axiologique » quand il est considéré comme branche de la philo.

[13] Ces derniers mois, une épouse de personnalité célèbre est publiquement mise au plus haut degré des suspicions…sans n’avoir pu... su…voulu…prononcer une seule parole publique

Des usages du silence…au mutisme

Taiseux, tacites, taciturnes, secrets.

« Madame Alice, pourquoi mon père ne parle-t-il pas ? Est-ce qu’il n’a jamais appris ou bien est-ce qu’il a usé tous ses mots ? -Ah pauvre Fleurbelle ! Au contraire, avant, ton père parlait beaucoup. Et il riait aussi et il dansait tous les dimanches. Mais du jour où tu es née et ta mère est morte, il est devenu muet. On dit qu’il a mis tous ses rires et ses mots dans un panier d’osier et qu’il a jeté le panier dans l’étang »….La suite ? je ne l’ai plus. C’est un extrait d’un Belles histoires de Pomme d’Api, titre du récit « le Géant sans paroles »….

A première vue, l’expression « faire silence » est bizarre (même si on la comprend dans certains contextes) car précisément, pour le silence, il n’y a rien à faire, c’est l’absence de tout bruit, de toute agitation : c’est un état de vacuité. « Le physicien dira que c'est l'absence de propagation d'ondes sonores, le physiologiste que c'est l'absence de vibration du tympan »[1]. Mais, comme on l’a vu dans la soirée sur « l’attente », il y a silence apaisant -celui de l’inquiétude- et silence angoissé, celui de l’inquiétude. « Le silence, apparemment unique, se disperse donc en un essaim de silences, en une multiplicité de couples opposés: silence apaisant de la nature, ou effrayant silence éternel des espaces infinis; silence d'admiration ou silence de mépris; silence d'amour ou silence de haine; silence qui est un droit ou silence qui est un supplice; silence qui est un devoir ou silence qui est une faute; silence de ceux qui n'ont rien à se dire ou silence de ceux qui se comprennent sans un mot. Suivant les expressions d'un poème d'Edgar Poe, traduit par Mallarmé, il est une de ces entités, de ces choses incorporelles, ayant une double face, une double vie ». Dans le discours même ou la poésie, le silence peut se révéler une ponctuation, participer du rythme …et qu’en dire en musique ?!....

C’est dans l’orientation phénoménologique de la philosophie (initiée par Husserl 1859-1938, Tchéquie+ Allemagne) que la question du silence, sans nier le rôle du logos et de la raison discourante, retrouve un sens. Chez Merleau Ponty, par exemple, le langage est certes une manière essentielle pour le vivant d'être au monde, mais il n'est jamais un médium transparent. La présence du silence permet de révéler l'obscurité qui habite le langage. La thèse principale de Merleau-Ponty est en effet celle de la primauté de la perception : nous percevons avant de connaître, et ainsi le phénoménologue se doit d’accueillir cette perception et la décrire avant toute construction mentale (avant le concept).

A développer un de ces quatre !!?

Sur la règle du silence dans la vie monacale : dialogue avec Dieu …et quid avec les humains ?

 

Parler et discourir en société. Langage, langages et ordre social. Parole et autorité

Faut-il savoir parler, le « bien parler » ? L’art oratoire est-il toujours requis ?

« Apprendre à parler en public », page Google : 13 exercices, 7 secrets, 8 règles, devenez un orateur de haut niveau en 90 jours ….bref : des offres de formation, de tutoriels vidéo. Enjeux du savoir s’exprimer dans les différentes sphères de la vie sociale, du travail etc. Enjeu autre : savoir s’exprimer pour convaincre, persuader, emporter des adhésions des suffrages. Rhétorique ancienne et rhétorique moderne ? [NB : la question de la rhétorique traverse l’histoire de la philosophie, antique notamment. Celle des sophistes comme art en vue de persuader, la critique que Platon leur fait en leur opposant pour seul but de sa méthode dialectique et dialogique la recherche de la vérité, le livre d’Aristote sur la rhétorique etc. Une petite fiche à faire à l’occasion ?]

La sociolinguistique réintroduit ce que la linguistique « pure » de de Saussure avait mis de côté : les conditions sociales d'acquisition, de production et d'utilisation de la langue, qui diffèrent suivant les locuteurs et leurs positions dans le champ social. Dans « Ce que parler veut dire » (1982) Pierre Bourdieu, sociologue majeur, vient réexaminer et faire la critique de la linguistique traditionnelle : il y a en fait une langue légitime et une violence symbolique à l’encontre des autres parlers, les rapports de communication sont aussi des rapports de force symbolique, et la question du discours ne se limite pas à son sens mais contient aussi des enjeux de valeur et de pouvoir.

En annexe III : extrait d’Annie Ernaux, « La place » 1983

 

La parole, mutisme ou silence jouent des rôles-clés dans la fabrique du lien social, la constitution de la communauté ou de la Cité (religieuse, ecclésiastique, tribale, civique, politique etc..). Parole fondatrice, Parole sacrée, parole divinatoire, oracle (décision jugée infaillible émanant d’une personne de haute autorité ou un Dieu).

Certes, avec les métamorphoses de l’autorité subies par la sécularisation et la démocratisation des sociétés, le « communiqué » présidentiel a des attributs forts différents. N’y-a-t-il pas cependant encore de grands discours tout au long du XX° mais aussi en ce début du XXI°? La parole dirigeante qui unit, qui cimente, effaçant l’espace d’un instant clivages et luttes. À contrario le silence d’Elisabeth II, son absence de déclaration, pendant plusieurs jours (plusieurs semaines ?) après le décès subit de Diana heurta le « peuple » britannique qui le lui reprocha (bien mis en scène dans le film The Queen). C’est le silence -mais un silence plein à l’unisson- qui est utilisé régulièrement dans les minutes de silence[2]

 

Et pour finir : donner de la voix ou donner sa voix à…un candidat ?

J’ai en mémoire le petit schéma d’analyse qu’avait proposé un économiste et philosophe, décédé prématurément, Albert O. Hirschman. Que peut faire, disait-il, le consommateur face à un produit insatisfaisant : « exit » (faire défection, aller vers un autre), « voice » (protester, donner de la voix notamment s’il ne peut pas aller vers un autre car le produit est en situation de monopole, par exemple la SNCF pour les chemins de fer) ou « loyalty » (garder sa loyauté au produit ou à la firme). Cet « exit/voice/loyalty » a parfois été transposé pour éclairer les « choix » se présentant au citoyen face au champ (et le marché) politique et électoral: transposition avec des limites mais non sans succès. Retenons en tout cas cette métaphore de la voix .à la veille d’une élection !


ANNEXE 1 Schéma simplifié de la (science) linguistique

(emprunté à Wikipedia. Portail : linguistique)

Etude des différentes manifestations du llangage humain. Historiquement issue de la grammaire, de la réthorique et de la philologie, elle s’est constituée en parallèlle avec la sémiologique (étude des signes) et la sémiotique

Elle intervient dans de nombreux champs d’étude interdisciplinaires au sein des sciences humaines : linguistique historique, sociolinguistique, ethnolinguistique, psycholinguistique

Elle comporte de nombreuses branches dont les principales sont

  • Phonétique : étude des sons produits par l’appareil phonatoire

  • Phonologie : étude des phonèmes (= plus petites unités distinctives qu’on peut isoler dans la chaine parlée) d’une langue donnée

  • Morphologie : étude de la structure interne des mots

  • Lexicologie étude du lexique (recueil des termes et de leurs usages = vocabulaire) d’une langue donnée

  • Syntaxe : étude de la combinaison des moots en phrases

  • Sémantique : étude du sens des mots et des énoncés

  • Stylistique : étude des procédés de discours dans leur contexte

  • Pragmatique : étude des éléments d’énoncé dont le sens n’est perçu qu’en contexte


    ANNEXE II Plutarque (45 à 120 ap JC, Grèce)

    SUR LE BAVARDAGE

    (le texte intégral peut être aisément trouuvé sur wikisource)

    C'est pour la philosophie une cure difficile à entreprendre et à mener à bonne fin que celle du bavardage. Le moyen de se guérir de cette maladie c'est d'écouter.

    Or les bavards n'écoutent jamais. Ils parlent toujours ; et le premier mal de leur intempérance de langue, c'est qu'elle les empêche de rien entendre. Leur surdité est volontaire. Ils ont l'intention, je pense, de protester ainsi contre la nature, qui ne nous a donné qu'une seule langue en même temps qu'elle nous a pourvus de deux oreilles. Si donc Euripide a eu raison de dire à un auditeur peu intelligent :

    « Je ne saurais remplir ton cerveau toujours vide,

    Ni verser la raison dans une âme stupide »,

    on dirait plus judicieusement encore au bavard, ou plutôt à propos du bavard :

    « Je ne saurais remplir oreille toujours vide,

    Ni verser la raison dans une âme stupide ».

    Disons mieux : « ni verser des paroles dans les oreilles d'un homme qui parle sans être écouté et qui n'écoute pas quand on lui parle. »

    Si par hasard il prête un instant son attention, ce n'est qu'un mouvement de reflux : car il va bientôt redonner au centuple ce qu'il a reçu.

    À Olympie on montre un portique qui répète plusieurs fois les mots, et qu'on appelle l'heptaphone. Que l'oreille du bavard reçoive une seule parole, sur-le-champ il en répète mille, et ainsi « dans l'âme fait vibrer mille cordes muettes ».

    Ne se peut-il pas que les oreilles de ces sortes de gens soient percées non pas dans la direction du cerveau, mais dans celle de la langue ? Au lieu de conserver les paroles qu'ils entendent les bavards les laissent s'écouler aussitôt. Ce sont des vases pleins de sons et vides de sens, qui vont et viennent.

    Que si donc il paraît convenable de ne négliger aucune tentative, disons au bavard :

    « Sache te taire, enfant : le silence a du bon. »

    Ce qu'il a de bon, avant tout, et de très bon, c'est que, grâce à lui, on écoute et l'on se fait écouter : double avantage dont ne sauraient profiter les bavards puisqu'ils sont toujours préoccupés de la même manie.

    Les autres maladies de l'âme, telles que l'avarice, la passion de la gloire, l'amour des plaisirs, peuvent du moins réaliser l'accomplissement de leurs convoitises. Mais voyez combien les bavards sont malheureux ! Ils voudraient des auditeurs et ils n'en trouvent point. Chacun les fuit en toute hâte. Est-on assis dans un salon, circule-t-on dans une promenade ; si l'on voit venir à soi un bavard on se donne le mot pour décamper sur-le-champ. De même que lorsque le silence règne dans une assemblée on dit : « Mercure vient d'entrer », de même lorsque dans un repas ou dans une réunion d'amis a pénétré un bavard, tous se taisent, ne voulant pas lui donner occasion de parler […]

     


    ANNEXE III Extrait de « La place » d’Annie Ernaux (1982) [sur son père qui décède en 1967 deux mois après qu’elle ait été admise au CAPES de Lettre]

     

    « Le patois avait été l’unique langue de mes grands-parents

    Il se trouve des gens pour apprécier le « pittoresque du patois » et du français populaire. Ainsi Proust relevait avec ravissement les incorrections et les mots anciens de Françoise. Seule l’esthétique lui importe parce que Françoise est sa bonne et non sa mère. Que lui-même n’a jamais senti ces tournures lui venir aux lèvres spontanément.

    Pour mon père, le patois était quelque chose de vieux et de laid, un signe d’infériorité. Il était fier d’avoir pu s’en débarasser en partie, même si son français n’était pas bon, c’était du français. Aux kermesses d’Y… des forts en bagout, costumés à la normande, faisaient des sketches en patois, lepublic riait.Le journal local avait une chronique normande pour amuser ses lecteurs. Quand le médecin ou n’importe qui de haut placé glissait une expression cauchoise dans la conversation comme « elle pète par la sente » au lieu de « elle va bien », mon père répétait la phrase du docteur à mma mère avec satisfaction, hheurux de croire que ces gens-là, pourtant si chics, aviaent encore quelque chose de commun avec nous, une petite infériorité. Il était persuadé que cela leur avait échappé. Car il lui a toujours paru impossible que l’on puisse parler « bien » naturellement. Toubib ou curé, il fallait se forcer, s’écouter, quitte chez soi à se laisser aller.

    Bavard au café, en famille, devant les gens qui parlaient bien il se taisait ou il s’arrêtait au milieu d’une phrase, disant « n’est-ce pas » oou simplement « pas » avec un geste de lamain pour inviter lapersonne à comprendre et à poursuivre à sa place. Toujours parler avec précaution, peur indicible du mmot de travers, d’aussi mauvais effet que de lâcher un pet.

    Mais il détestait aussi les grandes phrases et les expressions, nouvelles qui « ne voulaient rien dire ». tout lemonde à un moment donné « sûrement pas » à tout bout de champ, il ne comprenait pas qu’on dise deux mots se contredisant. A l’inverse de ma mère soucieuse de faire évoluée, qui osait expérimenter, avec un rien d’incertitude, ce qu’elle venait d’entendre ou de lire, il se refusait à employer un vocabulaire qui n’était pas le sien.

     

Enfant quand je m’efforçais de m’exprimer dans un langage chatié, j’avaisl’impression de me jeter dans le vide. Une de mes frayeurs imaginaire, avoir un père instituteur qui m’aurait obligée à bien parler sans arrêt en détachant les mots. On parlait avec toute la bouche. […] »

 

[1] Le texte dont je m’inspire ici, « Silence et Philosophie » de jean Luc Solère, revue Philosophique de Louvain, 2005, est disponible en ligne

[2] À ceux qui sont surpris de la présence d’applaudissements désormais dans ces moments, il semble que c’est une tradition qui remonte du sud, Italie notamment

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Published by Marie-Jo - dans CAFE-PHILO

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Le billet de la présidente ...

 

 

L'association "Ballade Philosophique sur les Rivages Palavasiens" a été créée en date du 12 mai 2008.

 

Pourquoi "ballade" avec deux "ll" ?

Choix délibéré. Associer la philosophie et la littérature, apogée de l'outrecuidance pour certains me direz-vous, cependant les interrogations , les réflexions sur l'être et sur le monde, ces questionnements cruciaux qui peuvent parfois nous effrayer, pourquoi ne pas les aborder sur une note plus légère et le choix du terme "ballade" peut rendre plus accessible cette discipline.    

 

Découverte ludique de la philosophie sous forme de cours et de débats pour adultes consentants.

 

Pourquoi la philosophie ? Nostalgie d'une année de terminale, curiosité de l'esprit, besoin de comprendre et d'analyser le monde dans lequel nous évoluons, puisque la philosophie traverse toutes les époques, avec parfois, plus ou moins de difficultés.

Egalement le souhait de rendre cette discipline accessible au commun des mortels.

 

Développer notre écoute, réfléchir, être capable d'exprimer nos pensées, nos convictions, prendre en compte les opinions d'autrui, c'est aussi l'apprentissage de la philosophie. D'autant que les thèmes abordés concernent tout le monde.

 

La cotisation annuelle est fixée à 20 € et 30 € pour les couples ou deux enfants de la même famille.

 

Le bureau assume la logistique, le relationnel, la communication et l'évolution du concept.

 

Les différentes disciplines sont assurées par des intervenants.

 

L'association remercie les intervenants qui participent au maintien et à l'évolution du concept, les adhérents et les participants aux différentes manifestations qui permettent à l'association d'exister.

 

Votre contact mail : marijo.alenda@orange.fr 

SAISONS "CAFE-PHILO"

SAISON 2016-2017

- RENTREE EN IMMERSION LENTE ET APNEE DETENDUE AU CAFE-PHILO

- CE CHANGEMENT, CES NOUVEAUTES QUI FONT CRAINDRE POUR L'HUMAIN ... OU PARFOIS ESPERER ?

- LE MOT JUSTE ... Performance littéraire ? Exigence éthique ? Volonté de communiquer ?

- OH, MOI, VOUS SAVEZ, LA FAMILLE ... Avoir une (de la) famille, être une famille, faire famille ... ou pas !

- ATTENDRE - Sous l'empire de l'attente : captivité ou libre espoir ?

- FAUT-IL VOULOIR TOUT EXPLIQUER ?

- LA CONFIANCE

- PARLER / SE TAIRE Tu aurais mieux fait de te taire !

 

SAISON 2015-2016

- QUAND VIENT LA FIN DE L'ETE ... PHILOSOPHER SUR LES SAISONS

- ENERGIE PERSONNELLE : à la recherche de la source merveilleuse ?

- L'AMBITION, une passion ... Démocratique ou Aristocratique ? 

- PEUR ET PEURS

- LE VIVRE-ENSEMBLE dans la société des individus 

- DONNE ! Que fait-on en donnant ... ou pas ?

- LES BEAUX JOURS ... Les regretter ? Les attendre ? Les rêver ? Les faire advenir ou revenir ? 

- LE NATUREL

- L'INTUITION

- CONVERSATION SUR L'ART ET LES ARTS

 

SAISON 2014-2015

- HABITER

- DE L'ANIMAL EN NOUS ET PARMI NOUS

- T'AS PERDU TA LANGUE ? Langage & communication

- PHILOSOPHIE DU PERE NOEL

- CE QUI NOUS ATTENTE, PERSONNELLEMENT ET COLLECTIVEMENT

- DU MENSONGE entre fait banal et fait de scandale

- QUOI DE NEUF SUR LE BONHEUR ?

- LA RANCUNE ... LE PARDON 

- TU PARLES !! Ne parle-t-on que pour communiquer ou exprimer des pensées ?

- LACHER PRISE : périlleux ou salvateur ?

 

SAISON 2013–2014

- DIVERTISSEZ-VOUS, réalités et significations du « faire la fête » aujourd’hui

- COMMENT PEUT-ON (NE PAS) ETRE LAIQUE ?

- L'AMITIE, au cœur et ... au risque de l'engagement humain

- DOUTE ET CERTITUDE

- LA PART DU "JUSTE"

- LE TEMPS

- S'INDIGNER ?

- LE RIRE

- FEMME et HOMME - FEMININ/MASCULIN

 

SAISON 2012–2013

- PRIVE-PUBLIC, comment ça structure nos univers ?

- LA SOLITUDE, LEURS SOLITUDES, NOS SOLITUDES

- QUELLE ACTUALITE POUR LE "LIBRE-ARBITRE" ?

- LE GAI SAVOIR & LES PHILOSOPHES DE LA JOIE DE VIVRE

- LE CORPS, pensée et usages hier, aujourd'hui, demain

- Et si - par hasard - LE DESTIN N'EXISTAIT PAS ... faudrait-il l'inventer ?

- L'AMOUR : sa vie, ses œuvres, sa romance, ses territoires et ses parts de marché

- EN CONSCIENCE ?

- A QUOI TU JOUES ?

- THEATRE VIE PHILOSPHIE

 

SAISON 2011–2012

- LA FIN & LES MOYENS

- LA MEMOIRE EST-ELLE L'AVENIR DE L'HOMME ?

- LA TRANSMISSION

- LE PATRIOTISME A-T-IL TOUJOURS UN SENS AUJOURD'HUI ?

- LE PROGRES EST-IL INELUCTABLE ?

- L'ETRANGETE DE L'ETRANGER

- Mais que cache le mouvement "ANONYMOUS" ?

- TOUT VA TROP VITE ? Vitesse et accélération dans nos existences contemporaines

- VERITE & UTOPIE

 

SAISON 2010–2011

- MORALE & ETHIQUE

- LE BONHEUR

- LA LIBERTE

- L'HONNEUR

- UNIVERSALITE & DIFFERENCE

- LE PRINCIPE DE PRECAUTION

- LE BEAU

- PEUT-ON VIVRE SANS VALEURS ?

 

SAISON 2009–2010

- QU'EST-CE-QUE PHILOSOPHER ?

- LA LIBERTE

- RAPPORT ENTRE LA PHILOSOPHIE & LA PSYCHANALYSE

- IDEAL & ILLUSION

- ETRE SOI A TOUS PRIX

- DE QUI, DE QUOI, SUIS-JE RESPONSABLE ?

- LE COUPLE

A Lire ...

CAFE-LITTERAIRE & CONFERENCES

CAFE-LITTERAIRE

 

SAISON 2015-2016

Café-littéraire avec :

Monsieur Gérald DUCHEMIN

En date du vendredi 04 septembre 2015

La maison d'édition "Le Chat Rouge"

 

CONFERENCES

 

SAISON 2016-2017

Conférence de :

Monsieur Maurice VIDAL

En date du mercredi 01 mars 2017

"Toute prise de conscience est-elle libératrice ?"

 

SAISON 2015-2016

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 06 novembre 2015

"Le rêve"

 

Conférence de :

Madame Elise LANCIEN-ISNARD

En date du vendredi 08 avril 2016

"Ecrire oui ... mais comment ! L'accompagnement littéraire ... Une solution !" 

 

Conférence de :

Monsieur Pierre FERRARA

En date du mercredi 18 mai 2016

"La science des ruses et l'art de la ruse"

 

SAISON 2014-2015

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 12 décembre 2014

"Le rêve"

 

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 20 mars 2015

"Le rêve"

 

SAISON 2013-2014

Conférence de :

Madame Mireille ZARB-LOMBARD

En date du mardi 17 juin 2014

"Une incroyable quantité de temples à la beauté indicible sur le sol de l'Inde"

 

SAISON 2012-2013

Conférence de :

Monsieur Pierre FERRARA

En date du vendredi 14 juin 2013

"Ulysse et l'éternelle errance"

 

SAISON 2011-2012

Conférence de :

Monsieur Jean-Marie GUIRAUD-CALADOU

En date du vendredi 25 mai 2012

"Le tarentisme méditerranéen"

 

SAISON 2010-2011

Conférence de :

Monsieur Michel THERON

En date du vendredi 19 novembre 2010

"Un regard laïque sur la religion"

 

SAISON 2009-2010

Conférence de :

Monsieur Jean-Marie GUIRAUD-CALADOU

En date du samedi 23 janvier 2010

"La musique est-elle un langage ?"

 

Conférence de :

Monsieur Richard AMALRIC

En date du vendredi 05 mars 2010

"Les cinq sens"

 

 

LA PHILO ... Alain GUYARD

SAISON 2010-2011

PHILO-COMPTOIR

animée par Monsieur Alain GUYARD 

En date du vendredi 04 février 2011

"Décapitez tous les philosophes !"

 

BATEAU-PHILO

animé par Monsieur Alain GUYARD

En date du lundi 08 août 2011

"Platon, philosophe de haute-mer, la dérive de la pensée et l'archipel des certitudes" 

 

CAFE-PHILO "PISTE & TRACE"

Chaque "Café-Philo" fait l'objet d'une :

 

- PISTE

(diffusée avant chaque café-philo afin de se préparer à débattre du thème choisi)

 

- TRACE

(diffusée aprés chaque café-philo, un résumé des pensées et réflexions du thème choisi)

 

A découvrir dans le pavé bleu de droite, rubrique "A Lire ..."

Ballade Philosophique Sur Les Rivages Palavasiens