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LE PROGRÈS EST IL INÉLUCTABLE ?

A l’heure où le monde entier s’interroge et s’angoisse pour la rançon du KWH atomique, il est grand temps  de réfléchir à la notion de « progrès » et de son « inéluctabilité ». Et d’abord on peut se demander comment nait ce concept, comment il évolue et quelles en sont les limites.

Il importe donc de bien définir ce qu’on entend par progrès dans nos sociétés, d’en préciser les conséquences, voire les critiques. Puis il s’agit de saisir ce que recouvre son caractère d’inéluctabilité sous le double point de vue du temps immédiat et celui des civilisations…

Historiquement le progrès- selon Dominique Lecourt, professeur de philosophie à Paris VII-  ne s’écrit au singulier et souvent avec majuscule qu’à partir du milieu du XIX° siècle sous la plume de penseurs tels A. Comte en France, Spencer en Grande Bretagne et Haeckel en Allemagne. C’est une manière pour eux de composer la « nouvelle philosophie de l’histoire », qu’appelle à leurs yeux, l’avènement de la grande industrie.

Le progrès se définit presque comme une équation mathématique : Il s’agit de constater un point de départ, puis une progression comme on le ferait pour décrire un  vecteur. Ceci posé il s’agit évidement de conclure par un jugement de valeur que le bon sens identifie comme le second terme de « l’équation ».

Il est intéressant d’envisager à propos du progrès les divers points de vue qui nous interpellent comme l’histoire, la biologie, ou tout simplement de niveau de vie.

Tout d’abord  Darwin, d’un point de vue biologique, qualifie l’évolution comme la réinterprétation du progrès. Selon lui, le progrès n’est jamais que l’évolution embryogénique qui provoque l’évolution zoologique de la série.   

D’une façon plus générale et toujours d’un point de vue scientifique Bacon situe le développement des sciences comme l’accroissement qualitatif et quantitatif de l’humanité. Cependant Newton pense aussi à la discontinuité en même temps que l’accroissement des sciences susceptibles de servir l’humanité. Cette remarque sur la discontinuité pourra nous servir dans la qualification d’inéluctabilité du progrès.

Du point de vue de l’humain et du niveau de vie, Descartes avait déjà envisagé le progrès comme « une marche continue qui transcende » ; mais c’est Condorcet qui précise une échelle des valeurs déterminée par le progrès. Grâce à celui-ci, « la raison se substitue à la superstition »  et «  la civilisation au primitif ». Au total la science et la technique doivent apporter le bien être et faire reculer la pauvreté.

Mais au final la justification de la démarche de progrès réside dans la capacité de l’humanité à transmettre des acquis aux générations futures. Ainsi le concept de progrès permet de sortir du cercle « naissance-mort » car il  n’y a progrès que si nos descendants peuvent se l’approprier.

Examinons donc à présent les conséquences voulues ou involontaires du progrès ainsi que ses conséquences favorables comme critiquables ainsi que l’utopie qui s’y attachent.

Il convient de rappeler que le développement des sciences fait reculer les superstitions et par là même une nouvelle marche de l’esprit humain tendu vers « un état de savoir et de liberté » comme l’identifie Bergson. Le résultat attendu ? Le progrès devient un but, un moyen, une « habitude ».

 

 Pourtant comment subordonner toute activité humaine à la seule définition d’Auguste Comte hanté par le positivisme dans cette formule  comme : «L’amour pour principe, l’ordre pour base et le progrès pour but, tel est le caractère fondamental du régime définitif que le positivisme vient inaugurer ». En effet on pourra se montrer réticent à prendre le progrès comme but et non comme moyen. Au fond si le positivisme ne fait plus beaucoup recette, n’est-ce pas en raison du manque de finitude qu’il propose pour le monde ? Si le progrès était le seul but de l’humanité serions nous vraiment « humains » ?

En outre, Levy-Strauss critiquera l’évolutionnisme social car il n’y a pas de fatalisme dans l’ordre des choses. Par exemple l’agriculture ne suit pas fatalement la capture des animaux et l’industrie peut être en première ligne des ambitions légitimes si on habite à l’entrée d’une mine de diamants !

Il est vrai aussi que bien des philosophes jusqu’à la fin du XX° siècle n’envisagent l’industrialisation que sous l’angle de l’asservissement au détriment de la santé, de la sécurité ou de l’éducation.

Le binôme progrès et croissance est mal vécu, car il suppose aussi des investissements qui dépassent l’échelle des petites sociétés. Ceci est notoirement vrai dans l’appréciation du nucléaire dont on s’interroge à l’envi sur les risques possibles devenus insupportables….d’autant qu’ils sont éloignés comme le risque de raz de marée de l’autre coté de la planète…en oubliant que nos ancêtres les premiers marins tout en craignant les monstres subaquatiques s’étaient bien lancés sur les flots !

Chaque progrès pourrait être digéré au fur et à mesure que d’autres apparaissent. Ainsi les énergies renouvelables, le solaire rendront peut être le nucléaire aussi obsolète que l’électricité a rendu obsolète la lampe à huile…Ceci invite bien à poursuivre l’œuvre de progrès comme simple moyen et non comme fin, même pour les plus réticents, non ?

 

A présent il convient d’apprécier ou rejeter  l’inéluctabilité du progrès en essayant de répondre à la question du manque ou de l’absence empêchant la perpétuation qui romprait  « la chaîne de l’inéluctable ».

Le progrès étant généré à l’origine par une démarche intellectuelle, il réclame une pensée…Sans penseur indépendant il n’y a sûrement pas de progrès possible. Aujourd’hui il semble évident que le progrès dépende aussi de l’interaction et l’échange des recherches. De plus, il faut un stimulus, une envie, lesquels se trouvent facilement s’il ya  promesse de reconnaissance.

Ainsi en méprisant les penseurs et l’envie de se dévouer le PC d’URSS installe une société sans espoir et surtout sans progrès. Dans ce cas on peut dire qu’il n’y a donc pas d’inéluctabilité au progrès.

Autres exemples la société grecque qui invente la philosophie persiste à n’avoir pour professeurs que des captifs de sorte que la gouvernance n’est exercée à partir du 2° siècle avant notre ère que  par  des assistés sans compétence. Troisième exemple significatif celui de l’empire romain qui ne sait pas limiter son territoire à la capacité de le diriger par ses propres élites devient la proie facile des barbares. Enfin la royauté française s’écroule finalement en raison de l’incapacité de ses nobles à se remettre en question et opérer bonne gouvernance plutôt que de jouer au trictrac à Versailles.

  

Ainsi le progrès ne serait pas inéluctable si on s’en tenait à ces explications. Mais justement celles-ci montrent aussi qu’il y a toujours une raison majeure et consubstantielle à l’effondrement d’une civilisation. En effet qu’observe-t-on ? Après l’URSS, la Russie renait de ses cendres et en peu d’années se hisse à nouveau parmi les cinq grands ! La Grèce s’effondre mais inspire tout le bassin méditerranéen et l’empire romain donne naissance à l’occident chrétien…

Ceci nous permet donc de dire qu’en lui-même, le progrès n’est rien s’il n’est pas  accompagné de vertus. Ainsi le jugement de valeur qui le sous-tend est bien aussi important que les victoires qu’il comporte intrinsèquement.  C’est donc bien la deuxième partie de l’équation qui fait la différence !

En effet l’humanité à chaque fois se redresse sur un autre modèle de civilisation que celui qui vient d’échouer…A cette condition le progrès est bien inéluctable. Ainsi,  sans être médisant pour nos amis États-Uniens , ne peut on suggérer que l’argent ne suffit pas comme terme de progrès et qu’il faut à cette ambition une condition éminente d’équilibre…au risque d’être dans un avenir proche sur la liste des échecs les plus retentissants ? …L’éthique est bien avec le progrès la nécessité  intangible.            

                                                                                                                       

 Bertrand LEROLLE

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Le billet de la présidente ...

 

 

L'association "Ballade Philosophique sur les Rivages Palavasiens" a été créée en date du 12 mai 2008.

 

Pourquoi "ballade" avec deux "ll" ?

Choix délibéré. Associer la philosophie et la littérature, apogée de l'outrecuidance pour certains me direz-vous, cependant les interrogations , les réflexions sur l'être et sur le monde, ces questionnements cruciaux qui peuvent parfois nous effrayer, pourquoi ne pas les aborder sur une note plus légère et le choix du terme "ballade" peut rendre plus accessible cette discipline.    

 

Découverte ludique de la philosophie sous forme de cours et de débats pour adultes consentants.

 

Pourquoi la philosophie ? Nostalgie d'une année de terminale, curiosité de l'esprit, besoin de comprendre et d'analyser le monde dans lequel nous évoluons, puisque la philosophie traverse toutes les époques, avec parfois, plus ou moins de difficultés.

Egalement le souhait de rendre cette discipline accessible au commun des mortels.

 

Développer notre écoute, réfléchir, être capable d'exprimer nos pensées, nos convictions, prendre en compte les opinions d'autrui, c'est aussi l'apprentissage de la philosophie. D'autant que les thèmes abordés concernent tout le monde.

 

La cotisation annuelle est fixée à 20 € et 30 € pour les couples ou deux enfants de la même famille.

 

Le bureau assume la logistique, le relationnel, la communication et l'évolution du concept.

 

Les différentes disciplines sont assurées par des intervenants.

 

L'association remercie les intervenants qui participent au maintien et à l'évolution du concept, les adhérents et les participants aux différentes manifestations qui permettent à l'association d'exister.

 

Votre contact mail : marijo.alenda@orange.fr 

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SAISON 2015-2016

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Conférence de :

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Monsieur Samuel COHEN-SALMON

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SAISON 2009-2010

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Conférence de :

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LA PHILO ... Alain GUYARD

SAISON 2010-2011

PHILO-COMPTOIR

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animé par Monsieur Alain GUYARD

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"Platon, philosophe de haute-mer, la dérive de la pensée et l'archipel des certitudes" 

 

CAFE-PHILO "PISTE & TRACE"

Chaque "Café-Philo" fait l'objet d'une :

 

- PISTE

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(diffusée aprés chaque café-philo, un résumé des pensées et réflexions du thème choisi)

 

A découvrir dans le pavé bleu de droite, rubrique "A Lire ..."

Ballade Philosophique Sur Les Rivages Palavasiens