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Quelques traces du  Café philo juin 2013 sur : THEATRE  VIE  PHILOSOPHIE


Belle soirée parmi les toutes premières de cet été tardif : bonne compagnie + café + philo ...

 

Débutée avec l’écoute d’un duo de voix de comédiens, émis par un CD audio[1] et restitué à nous via les haut-parleurs du temps d’une Pause. C’étaient celles de Marguerite Perrin et Jean Piat sur une scène de Cyrano de Bergerac[2].

Après divers propos plaisants en début de scène, Cyrano en vient à accéder à la demande de son amie Roxane : lui lire la dernière lettre de son amant Christian qu’elle détient sur elle depuis que ce dernier a été tué au combat. Mais la lecture de Cyrano révèle bien vite qu’il est imprégné de l’amour qu’elle contient…et Roxane (« Comme vous la lisez cette lettre ! ») comprend que c’est lui, Cyrano, qui l’a écrite en réalité ; lui qui a même -caché dans l’obscurité-  prêté sa voix jadis à Christian déclarant sa flamme ; lui, Cyrano, qui a caché son amour pour elle  pendant 14 ans

 

Clôturée, cette soirée, également avec une voix mais cette fois-ci « en live » : celle de

Marie-Jo qui s’offrit à nous dire avec talent un monologue tiré d’une pièce

de Marguerite TARRAL « Incroyable dénouement ».

Moment riche au plan artistique (le jeu de l’acteur, là, est dans le verbal) mais aussi occasion d’élaborer de la pensée entre nous.

En effet, notre récitante nous posa ensuite la question « quelle mise en scène cela vous suggère ? » : les réponses furent toutes différentes les unes des autres, plus ou moins proches de ce qu’il en avait été réellement lors de la représentation. Associer gestes, postures, déplacements ou non, modulations et débits de voix à un texte : voilà tout un jeu de « mises en sens » et de significations qui dépendent de la « réception » que l’on a du texte : sensibilité personnelle, circonstance historique (« l’air du temps ») etc. …  Antigone  (nous) parle-t-elle de la même façon en 2013 que lors de sa création par Sophocle (environ 440 av JC) ?

 

On café/philosopha donc sur ce type de spectacle public et spectacle vivant  qu’on nomme « théâtre ». Les expériences des uns et des autres, comme spectateurs surtout, comme acteurs parfois, furent évoqués au travers des salles où se donnent ces représentations, à Palavas ou à Montpellier … Avignon etc. … [3]. Impossible d’avoir à l’esprit simultanément toutes les formes historiques de ce spectacle public : pourtant on s’efforça de ne pas oublier les tréteaux de foires moyenâgeux, les amphithéâtres antiques, tel ou tel atelier scolaire de collège ou de Maison Pour Tous, ou même la vogue récente (quoique …) du théâtre à domicile.

 

Un auteur, son texte – ses pièces-, des acteurs (professionnels ou amateurs) appelés comédiens même dans la tragédie, une scène (un espace[4], un décor, des lumières, des accessoires, costumes, toute une régie …), un metteur en scène à la direction d’acteurs, et un public : voilà ce qui est en présence, en jeu, chaque soir ; voilà ce qui fait

« re-présentation » aux divers sens du terme. Le contexte, les critiques, le classement en « genres » viennent après.

 

Qu’est ce qu’ »interpréter » ?

Jouer « le » rôle. Celui-ci est a priori une abstraction dans un texte écrit, un livret, même si l’auteur - par ses didascalies[5]- peut laisser des indications de jeu. Il s’agit pour le comédien de « l’incarner ». Mais l’intervention du metteur en scène est aujourd’hui première : très directif parfois dans sa direction de comédiens (témoignages dans le groupe) il agence l’espace/temps de la représentation à partir de sa « lecture » du texte. Alors le dira-t-on « au service » d’un texte – sauvant ce dernier du risque d’oubli - ou « le trahissant » ?

Certains parmi nous affirment la ligne à ne pas dépasser : le respect de l’intention de l’auteur. Surtout s’il y a message ou, en tous cas, volonté de provoquer quelque chose chez le spectateur, un changement de point de vue par prise de conscience, un changement de comportement … Pour certains, c’est là l’essence du théâtre … ce point ne faisant pas l’unanimité, pour d’autres la jouissance esthétique pourrait se suffire parfois. [6]

 

Ici  conviendrait de rappeler quelques controverses de philosophes sur le théâtre. Voir en annexe de ce texte un condensé fait par Pierre.

 

Quant à la métaphore de la vie quotidienne comme scène, comme jeu, comme théâtre, nous l’avons explorée au cours de la soirée à partir de la tirade célèbre de Shakespeare

« All the world is a stage » (« le monde entier est une scène ») dont l’extrait intégral est en annexe.

Bien sûr : il y a ceux qui « théâtralisent » ostensiblement leur quotidien, sont toujours en représentation, « se la jouent » comme on dit … du moins à nos yeux, car comment se

voient-ils eux-mêmes ?

Bien sûr, presque inévitablement, furent évoqués les « politiques » : propension individuelle des personnalités politiques à se construire des personnages ? ou est-ce l’avènement de la « politique-spectacle » au sein de la « société du spectacle » qui leur fait nécessité de surenchérir en la matière, la lutte par les mots et les images étant aussi au cœur du jeu politique stratégique ?

Mais c’est dans notre propre quotidien, dans sa banalité existentielle, montre que bien des expressions théâtrales sont utilisées : « jouer son rôle », ni de laquais, ni de bouffon, ni de servante, ni de princesse,  ni de héros, ni de matador … mais de parent, voisin, etc.  . … ; « faire une scène » ou « se mettre sur le devant de la scène » ; « rester en coulisses » ;

et ainsi de suite…

L’individu contemporain est incité – presque tancé pourrait – on dire- à s’exposer, se donner à voir, « biographier » sa vie dans un CV qui soit « bon », savoir  « se présenter » pour ne pas rester dans les coulisses, rester dans le jeu . Cet effort de communication, puisqu’il s’agit de cela, est-il volontaire, un acte résolument réfléchi au cas par cas, résultat d’un apprentissage conscient exclusivement ? Des rôles et manières de se comporter, de « se tenir » (tenir sa place, voire son rang), ne nous sont-ils pas prescrits inconsciemment au point de devenir des dispositions apparaissant comme naturelles ou d’apparaitre comme des gouts, des désirs, des aspirations d’origine totalement personnelle, intime ?

Les rôles écrits jadis peuvent se trouver en crise (parent même), il y faut un gros travail d’interprétation faisant place à l’improvisation, aussi est il tentant de chercher des metteurs en scène (conseillers, experts sur l’art d’être parent ou grands-parents).

 

On a ainsi rejoint d’autres thématiques déjà labourées au café φ :

 L’acteur que je suis n’est ni marionnette ni expression d’une volonté pure en acte. Sa liberté, ou du moins son autonomie dont il a une forte exigence passe par la connaissance de ses interdépendances ; et par la compétence à rentrer dans des interactions simultanées avec plusieurs protagonistes et à plusieurs niveaux (niveau professionnel, amoureux etc. …).Il a à tenir une multiplicité de dialogues – mais aussi de monologues car s’affronter à soi même est peut-être le plus dur - avec des entrées en scène, des sorties (comme dit Shakespeare) ; cependant, par rapport au spectacle théâtral, cet acteur que je suis fait éclater les trois unités (de lieu, de temps, d’intrigue) … et il ne peut se contenter de donner ses représentations pendant une saison limitée, son travail est infini !

 

Pierre M. 13/07/2013

 

LES PHILOSOPHES ET LE THÉÂTRE : quelques échos

 

Platon

Le théâtre grec antique fut un évènement public massif surtout au V° siècle av JC. Périclès en avait rendu l’accès gratuit. Certains citoyens porteurs de charges publiques devaient organiser des « chorégies » (véritables concours de pièces),  financer le chœur qui en constitue un élément central, voire désigner le « protagoniste » (l’acteur, le premier sur scène, dans « l’âgon »). Eschyle, en 472 obtiendra un premier prix avec « Les Perses », plus tard Sophocle également (le troisième grand auteur tragique étant ensuite Euripide).Ce théâtre met en présence les hauts faits mais aussi les démêlées des dieux et des hommes, il a une fonction civique et « religieuse » (mais ce mot peut être trompeur). C’est un théâtre de tragédies mais on oublie trop souvent que l’auteur subventionné doit livrer une tétralogie : à côté des trois tragédies il doit y avoir une satire ou parodie.

Les écrits de Platon (au IV° siècle) alternent entre la méfiance et la condamnation pure et simple des différents « arts poétiques » où figure le théâtre. Dans sa République (autour de 380 av JC)  notamment, il explique longuement pourquoi les gardiens de la cité doivent s’écarter de cette forme d’art, voire le censurer. Dans leur imitation de la réalité, ces poètes éloignent les gens de la vérité. Cette réflexion sur l’imitation (la mimésis) est très détaillée. En outre, les gens de théâtre vont exploiter les sentiments et les affections « qui marchent » pourrait-on dire, par exemple les plaintes, les douleurs, les pleurs plutôt que la contenance et le courage discret qui convient pourtant au bon citoyen mais qui n’est pas « spectaculaire ». Même les plus grands des poètes anciens, Homère, Hésiode, malgré tout le respect qu’on doit à leur personne et à leur talent, sont parfois à écarter.

Extrait de La République

 

«- Adimante : Mais, Socrate, quelles sont ces grandes fables dont tu parles ?

- Socrate Ce sont celles  d’Hésiode, d’Homère et des autres poètes. Ceux-ci en effet ont composé des fables menteuses que l’on a racontées et qu’on raconte encore aux hommes. […]

Ces récits ne sont pas à raconter dans notre cité. Il ne faut pas dire devant un jeune auditeur qu’en commettant les pires crimes et en châtiant un père  injuste de la plus cruelle façon il ne fait rien d’extraordinaire et agit comme les premiers et les plus grands des dieux.

[…]Il faut encore éviter absolument de dire que les dieux aux dieux font la guerre et se combattent entre eux –aussi bien cela n’est point vrai- si nous voulons que les futurs gardiens de notre cité regardent comme le comble de la honte de se quereller à la légère. Et il s’en faut de beaucoup qu’on doive leur raconter ou représenter pour eux sur des tapisseries les combats des géants et ces haines innombrables et de toutes sortes qui ont armé les dieux et les héros contre leurs proches et amis […]Aussi tout en louant beaucoup de choses dans Homère nous ne louerons pas le passage où il dit que Zeus envoya un songe à  Agamemnon, ni ce passage d’Eschyle où Thétis rappelle qu’Apollon, chantant à ses noces, insista sur son bonheur de mère dont les enfants seraient exemptés de maladie et favorisés d’une logue existence (…) Et moi j’espérais qu’elle n’était point menteuse la bouche sacrée d’Apollon d’où jaillissent les oracles, mais lui, le chanteur, le convive de ce festin et l’auteur de ces louanges, lui c’est le meurtrier de mon enfant

Quand un poète parlera ainsi des dieux nous nous fâcherons, nous ne lui accorderons point de chœur et nous ne laisserons pas les maitres se servir de ses fables pour l’éducation de la jeunesse si nous voulons que nos gardiens soient pieux et divins dans la plus grande mesure où les hommes peuvent l’être. […]

Pour quantité de choses, nous n’exigerons pas de comptes d’Homère ni d’aucun autre poète ; (…) De même à propos des autres arts, ne les interrogeons pas, laissons les en paix. Mais sur les sujets les plus importants et les plus beaux qu’Homère entreprend de traiter, sur les guerres, le commandement des armées, l’administration des cités, l’éducation de l’homme, il est peut être juste de l’interroger et de lui dire : « Cher Homère, s’il est vrai qu’en ce qui concerne la vertu tu ne sois pas éloigné du troisième degré de la vérité –ouvrier de l’image comme nous avons défini l’imitateur-si tu te trouves au second degré, et si tu fus jamais capable de connaitre quelles pratiques rendent les hommes meilleurs ou pires, dans la vie privée et dans la vie publique, dis-nous laquelle parmi les cités, grâce à toi s’est mieux gouvernée (…), quel État reconnait que tu as été pour lui un bon législateur et bienfaiteur ?

 

Aristote, ancien disciple de Platon, plus tardif (40 ans de moins environ), 384/322 av JC

Au contraire de Platon il aborde le sujet de façon constructive. Dans sa  Poétique, Aristote il définit la mimèsis : il faut que les personnages soient une imitation des passions humaines aussi vraisemblable que possible, aussi proche de la nature. Vraisemblance et bienséance donc, mais utilité du théâtre .La tragédie est un moyen pour l’homme de purifier l’âme de ses passions : c’est la  catharsis produite par  la pitié et la crainte qu’éprouvent les spectateurs. C’est là qu’il dicte la règle des unités qui sera reprise par Boileau dans son Art Poétique.

Nous pourrons revenir  à l’occasion sur l’œuvre d’ensemble d’Aristote et son influence jusqu’à aujourd’hui.

 

Augustin  d’Hippone (futur Saint Augustin), philosophe et théologien, considéré comme l’un des 4 Pères de l’Église (Catholique Romaine) et l’un de ses principaux Docteurs écrit au IV° siècle après JC . Dans ses Confessions, reconnaissant avoir eu lui-même une passion violente pour le théâtre dans sa jeunesse, il interroge « la maladie de l’esprit » qui y est attachée :

« Mais quel est ce motif qui fait que les hommes courent avec tant d'ardeur au théâtre, et qu'ils veulent ressentir de la tristesse en regardant des choses funestes et tragiques qu'ils ne voudraient pas néanmoins souffrir ? Car les spectateurs veulent en ressentir de la douleur ; et cette douleur est leur joie. D'où vient cela, sinon d'une étrange maladie d'esprit ? Puisqu’on est d'autant plus touché de ces aventures poétiques que l'on est moins guéri de ses passions, quoique d'ailleurs on appelle misère le mal que l'on souffre en sa personne, et miséricorde la compassion qu'on a des malheurs des autres. Mais quelle compassion peut-on avoir en des choses feintes et représentées sur un théâtre, puisque l'on n'y excite pas l'auditeur à secourir les faibles et les opprimés, mais que l'on le convie seulement à s'affliger de leur infortune ; de sorte qu'il est d'autant plus satisfait des acteurs, qu'ils l'ont plus touché de regret et d'affliction ; et que si ces sujets tragiques et ces malheurs véritables ou supposés, sont représentés avec si peu de grâce et d'industrie qu'il ne s'en afflige pas, il sort tout dégoûté et tout irrité contre les Comédiens. Que si au contraire il est touché de douleur il demeure attentif et pleure, étant en même temps dans la joie et dans les larmes […] (Car bien que) l'homme ne prenne pas plaisir à être dans la misère, il prend plaisir néanmoins à être touché de miséricorde  […]

 

Pascal (Blaise) (XVII° siècle) On l’a déjà évoqué lors de la soirée sur le jeu : Pascal constate et interroge la disposition effrénée des humains, des rois aux roturiers, à ce qu’il appelle le divertissement. De quoi cherchent-ils donc à se détourner ? De notre condition malheureuse et mortelle, de nous même et de Dieu. Le divertissement c’est la diversion. Pascal semble avoir  adapté le mot de Montaigne (XVI°) sans en adopter totalement la théorie. Chez  Montaigne la diversion était une méthode plutôt positive dont il disait user lui-même afin de retrouver de l’élan et du dynamisme

La suspicion de Pascal est à mettre en rapport avec celle des jansénistes : le théâtre empoisonne l’âme plus que toute autre forme de fiction. Les jésuites, eux, à l’inverse, utilisaient dans leurs collèges la pratique théâtrale dans un but éducatif.

 

Voltaire, Rousseau, Diderot et les Encyclopédistes, le XVIII°, les Lumières

Voltaire promeut le théâtre. Il en installe un chez lui en territoire genevois mais, bien que théâtre privé, il est frappé d’interdiction en vertu des règles édictée par le Consistoire de Genève. Celui-ci applique en cela les idées de Calvin.  Voltaire doit se replier à Ferney.

A la parution de l’Encyclopédie (1757), l’article de d’Alembert sur Genève, en même temps qu’il célèbre le modèle de cité, plaide pour le rétablissement du théâtre dans la ville. Rousseau, qui avait déjà fait un réquisitoire contre diverses formes de lutte et d’oisiveté dans son Discours sur la Science et les Arts, réagit à cet article de l’Encyclopédie. Sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles (1758) est une argumentation contre cette pratique artistique  qui cherche avant tout à flatter les passions en public. Bien que grand admirateur de Molière, il regrette que ce dernier se moque de la vertu du Misanthrope –il faut faire rire le public, le théâtre n’est donc pas libre car soumis aux goûts du public – au lieu de montrer un Alceste vertueux dans son emportement contre la société. Regardons ce que Rousseau dit du comédien :

« L’art du comédien n’est autre que l’art de se contrefaire, de revêtir un autre caractère que le sien, de paraitre différent de ce qu’on est, de se passionner de sang-froid, de dire autre chose que ce qu’on pense aussi naturellement que si l’on le pensait réellement et d’oublier enfin sa propre place à force de prendre celle d’autrui » (…) « Qu’est ce que la profession de comédien ? Un métier par lequel il se met en représentation pour de l’argent, se soumet à l’ignominie et aux affronts qu’on achète le droit de lui faire, qui met publiquement sa personne en vente. J’adjure tout homme sincère de dire s’il ne sent pas au fond de son âme qu’il y a dans le trafic de soi même quelque chose de servile et de bas. Vous autres les philosophes qui vous prétendez si forts au-dessus des préjugés, ne mourriez-vous pas tous de honte si, lâchement travestis en rois, il vous fallait aller faire aux yeux du public un rôle différent du vôtre et exposer vos majestés aux huées de la populace ? Quel esprit le comédien reçoit-il de son état ? … « mélange de bassesse »… « indignité »…qui le rend propre à toutes sortes de personnages hors le plus noble de tous, celui d’homme qu’il abandonne »

 

Epoque contemporaine : on connait les philosophes passant par l’écriture (et pas seulement la critique) théâtrale : Sartre, Camus, Badiou…

 

 

All the world’s a stage

SHAKESPEARE dans As you Like it (Comme il vous plaira 1599)

 

 

ORLANDO — Eh bien ! alors attendez encore un moment pour manger, tandis que, comme la biche, je vais chercher mon faon pour lui donner à manger. A quelques pas d'ici, il y a un pauvre vieillard qui, conduit par l'amitié pure, a traîné après moi ses pas inégaux : il est accablé de deux maux cruels, l'âge et la faim. Je ne goûterai à rien jusqu'à ce qu'il soit rassasié.


LE VIEUX DUC — Allez le chercher ; nous ne toucherons à rien avant votre retour.


ORLANDO — Je vous remercie ; que le ciel vous bénisse pour vos généreux secours.
(Il sort.)


LE VIEUX DUC — Tu vois que nous ne sommes pas seuls malheureux ; ce vaste théâtre de l'univers offre de plus tristes spectacles que cette scène où nous jouons notre rôle.


JACQUES Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs ; ils ont leurs entrées et leurs sorties.
Un homme, dans le cours de sa vie, joue différents rôles ; et les actes de la pièce sont les sept âges[7]]. Dans le premier, c'est l'enfant, vagissant, bavant dans les bras de sa nourrice. Ensuite l'écolier, toujours en pleurs, avec son frais visage du matin et son petit sac, rampe, comme le limaçon, à

contrecœur jusqu'à l'école. Puis vient l'amoureux, qui soupire comme une fournaise et chante une ballade plaintive qu'il a adressée au sourcil de sa maîtresse. Puis le soldat, prodigue de jurements étranges et barbu comme le léopard[8], jaloux sur le point d'honneur, emporté, toujours prêt à se quereller, cherchant la renommée, cette bulle de savon, jusque dans la bouche du canon. Après lui, c'est le juge au ventre arrondi, garni d'un bon chapon, l'œil sévère, la barbe taillée d'une forme grave ; il abonde en vieilles sentences, en maximes vulgaires ; et c'est ainsi qu'il joue son rôle. Le sixième âge offre un maigre Pantalon[9]  en pantoufles, avec des lunettes sur le nez et une poche de côté : les bas bien conservés de sa jeunesse se trouvent maintenant beaucoup trop vastes pour sa jambe ratatinée ; sa voix, jadis forte et mâle, revient au fausset de l'enfance, et ne fait plus que siffler d'un ton aigre et grêle.
Enfin le septième et dernier âge vient unir cette histoire pleine d'étranges événements ; c'est la seconde enfance, état d'oubli profond où l'homme se trouve sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien.   (Orlando revient avec Adam.)

 

Robin Renucci, interview in L’Herault.fr juillet 2013

 


[1] CD Audio Grandes scènes d’amour du théâtre français

[2] Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand 1897 résumé sur http://cyranodebergerac-rostand.fr/resume-detaille-de-cyrano-de-bergerac/

[3] Voir la piste de ce café φ qui développe l’importance de l’espace dans la question théâtrale

[4] Cet « espace », entre scène, coulisse, et rampe qui sépare de la salle, est à lui seul objet de constructions et déconstructions nombreuses

[5] Indications scéniques de l’auteur (comment jouer ce passage) généralement écrites en italique. Sur le vocabulaire du théâtre, on peut consulter en ligne :

 http://www.bordas-interactif.fr/sites/default/files/fichiers_media/lexique.pdf

[6] Paru dans l’herault.fr ce mois, voir ci après interview de Robin renucci

[7] Anciennement, il y avait des pièces divisées en sept actes

[8] Chaque profession avait jadis une forme de barbe particulière. Celle du juge différait de celle du soldat

[9] Allusion au personnage de la comédie italienne, appelé il Pantalone, le seul qui joue son rôle en pantoufle

B

B19 TRACE "THEATRE VIE PHILOSOPHIE"

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Published by Marie-Jo - dans CAFE-PHILO

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Le billet de la présidente ...

 

 

L'association "Ballade Philosophique sur les Rivages Palavasiens" a été créée en date du 12 mai 2008.

 

Pourquoi "ballade" avec deux "ll" ?

Choix délibéré. Associer la philosophie et la littérature, apogée de l'outrecuidance pour certains me direz-vous, cependant les interrogations , les réflexions sur l'être et sur le monde, ces questionnements cruciaux qui peuvent parfois nous effrayer, pourquoi ne pas les aborder sur une note plus légère et le choix du terme "ballade" peut rendre plus accessible cette discipline.    

 

Découverte ludique de la philosophie sous forme de cours et de débats pour adultes consentants.

 

Pourquoi la philosophie ? Nostalgie d'une année de terminale, curiosité de l'esprit, besoin de comprendre et d'analyser le monde dans lequel nous évoluons, puisque la philosophie traverse toutes les époques, avec parfois, plus ou moins de difficultés.

Egalement le souhait de rendre cette discipline accessible au commun des mortels.

 

Développer notre écoute, réfléchir, être capable d'exprimer nos pensées, nos convictions, prendre en compte les opinions d'autrui, c'est aussi l'apprentissage de la philosophie. D'autant que les thèmes abordés concernent tout le monde.

 

La cotisation annuelle est fixée à 20 € et 30 € pour les couples ou deux enfants de la même famille.

 

Le bureau assume la logistique, le relationnel, la communication et l'évolution du concept.

 

Les différentes disciplines sont assurées par des intervenants.

 

L'association remercie les intervenants qui participent au maintien et à l'évolution du concept, les adhérents et les participants aux différentes manifestations qui permettent à l'association d'exister.

 

Votre contact mail : marijo.alenda@orange.fr 

SAISONS "CAFE-PHILO"

SAISON 2016-2017

- RENTREE EN IMMERSION LENTE ET APNEE DETENDUE AU CAFE-PHILO

- CE CHANGEMENT, CES NOUVEAUTES QUI FONT CRAINDRE POUR L'HUMAIN ... OU PARFOIS ESPERER ?

- LE MOT JUSTE ... Performance littéraire ? Exigence éthique ? Volonté de communiquer ?

- OH, MOI, VOUS SAVEZ, LA FAMILLE ... Avoir une (de la) famille, être une famille, faire famille ... ou pas !

- ATTENDRE - Sous l'empire de l'attente : captivité ou libre espoir ?

- FAUT-IL VOULOIR TOUT EXPLIQUER ?

- LA CONFIANCE

- PARLER / SE TAIRE Tu aurais mieux fait de te taire !

- L'AME : (IDEE) INUSABLE ? 

- LE DESTIN : Le prendre en main ou s'en remettre à lui ... s'il existe ?

 

SAISON 2015-2016

- QUAND VIENT LA FIN DE L'ETE ... PHILOSOPHER SUR LES SAISONS

- ENERGIE PERSONNELLE : à la recherche de la source merveilleuse ?

- L'AMBITION, une passion ... Démocratique ou Aristocratique ? 

- PEUR ET PEURS

- LE VIVRE-ENSEMBLE dans la société des individus 

- DONNE ! Que fait-on en donnant ... ou pas ?

- LES BEAUX JOURS ... Les regretter ? Les attendre ? Les rêver ? Les faire advenir ou revenir ? 

- LE NATUREL

- L'INTUITION

- CONVERSATION SUR L'ART ET LES ARTS

 

SAISON 2014-2015

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- TU PARLES !! Ne parle-t-on que pour communiquer ou exprimer des pensées ?

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SAISON 2013–2014

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- DOUTE ET CERTITUDE

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- LE TEMPS

- S'INDIGNER ?

- LE RIRE

- FEMME et HOMME - FEMININ/MASCULIN

 

SAISON 2012–2013

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SAISON 2010–2011

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SAISON 2009–2010

- QU'EST-CE-QUE PHILOSOPHER ?

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- DE QUI, DE QUOI, SUIS-JE RESPONSABLE ?

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A Lire ...

CAFE-LITTERAIRE & CONFERENCES

CAFE-LITTERAIRE

 

SAISON 2015-2016

Café-littéraire avec :

Monsieur Gérald DUCHEMIN

En date du vendredi 04 septembre 2015

La maison d'édition "Le Chat Rouge"

 

CONFERENCES

 

SAISON 2016-2017

Conférence de :

Monsieur Maurice VIDAL

En date du mercredi 01 mars 2017

"Toute prise de conscience est-elle libératrice ?"

 

SAISON 2015-2016

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 06 novembre 2015

"Le rêve"

 

Conférence de :

Madame Elise LANCIEN-ISNARD

En date du vendredi 08 avril 2016

"Ecrire oui ... mais comment ! L'accompagnement littéraire ... Une solution !" 

 

Conférence de :

Monsieur Pierre FERRARA

En date du mercredi 18 mai 2016

"La science des ruses et l'art de la ruse"

 

SAISON 2014-2015

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 12 décembre 2014

"Le rêve"

 

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 20 mars 2015

"Le rêve"

 

SAISON 2013-2014

Conférence de :

Madame Mireille ZARB-LOMBARD

En date du mardi 17 juin 2014

"Une incroyable quantité de temples à la beauté indicible sur le sol de l'Inde"

 

SAISON 2012-2013

Conférence de :

Monsieur Pierre FERRARA

En date du vendredi 14 juin 2013

"Ulysse et l'éternelle errance"

 

SAISON 2011-2012

Conférence de :

Monsieur Jean-Marie GUIRAUD-CALADOU

En date du vendredi 25 mai 2012

"Le tarentisme méditerranéen"

 

SAISON 2010-2011

Conférence de :

Monsieur Michel THERON

En date du vendredi 19 novembre 2010

"Un regard laïque sur la religion"

 

SAISON 2009-2010

Conférence de :

Monsieur Jean-Marie GUIRAUD-CALADOU

En date du samedi 23 janvier 2010

"La musique est-elle un langage ?"

 

Conférence de :

Monsieur Richard AMALRIC

En date du vendredi 05 mars 2010

"Les cinq sens"

 

 

LA PHILO ... Alain GUYARD

SAISON 2010-2011

PHILO-COMPTOIR

animée par Monsieur Alain GUYARD 

En date du vendredi 04 février 2011

"Décapitez tous les philosophes !"

 

BATEAU-PHILO

animé par Monsieur Alain GUYARD

En date du lundi 08 août 2011

"Platon, philosophe de haute-mer, la dérive de la pensée et l'archipel des certitudes" 

 

CAFE-PHILO "PISTE & TRACE"

Chaque "Café-Philo" fait l'objet d'une :

 

- PISTE

(diffusée avant chaque café-philo afin de se préparer à débattre du thème choisi)

 

- TRACE

(diffusée aprés chaque café-philo, un résumé des pensées et réflexions du thème choisi)

 

A découvrir dans le pavé bleu de droite, rubrique "A Lire ..."

Ballade Philosophique Sur Les Rivages Palavasiens