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Traces café φ Avril 2014

S’INDIGNER ?

 

■Sujet abordé avec sérénité (dignité ?) dans une soirée détendue

 

■ Ont été repris les constats posés dans le document piste : à une utilisation morale (moralisante, moraliste ?) traditionnelle du terme tend à se superposer aujourd’hui une mobilisation de type plus politique : les indignados, le succès du Indignez vous de Stéphane Hessel. Cependant, à regarder les deux exemples significatifs d’indignation dans  l’histoire intellectuelle française qui sont venus dans notre discussion, le soubassement politique est déjà ancien : Voltaire  contre l’injustice faite à Jean Callas (discours très fort de Hugo lors du centenaire de Voltaire sur cet acte) mais aussi Zola et son « j’accuse ».

 

■ La capacité à s’indigner se serait-elle émoussée au fil des époques de vie en société, d’où ces appels récents à s’indigner ?. Ou au contraire, est-elle sur-sollicitée et donc « sur-jouée » face à une avalanche de « causes » fournies au quotidien par le système médiatique d’information ?

D’un côté il s’agirait soit de repli sur soi  et   d’indifférence à visée protectrice, soit de développement d’attitudes morales de type « cynique » associée à l’individualisme ambiant[1]. Autrement dit : ne plus s’indigner.

D’un autre côté l’inflation et l’accumulationdes motifs d’indignation (un évènement médiatisé chasse l’autre) conduirait à une banalisation stérile, assortie de culpabilité bien souvent, qui serait en définitive la culpabilité de l’impuissance. Trop d’indignation avec trop peu de marge d’action ? On analysa un exemple donné par les media le jour même sur notre responsabilité éventuelle de consommateur dans une catastrophe survenue au Bangladesh dans l’industrie textile.

 

■ Il s’agirait alors –si l’on doit garder le terme d’indignation- de le ramener sur le registre d’une « posture ».

Pas simplement une réaction réflexe bien qu’il y soit nécessaire, à la base, une sensibilité , une ouverture aux choses, une sympathie, voire empathie. Mais bien : une élaboration. L’indignation ne pourrait alors être telle sans pensée active.

C’est ainsi que l’on a essayé d’en traquer les formes naissantes dans le développement de l’enfance à l’âge adulte : expression qui surgirait plutôt à l’adolescence, le jeune enfant éprouvant plutôt l’injustice. Qu’en faire en éducation ? En recueillir l’émotion première (suscitée par tel ou tel fait) et accompagner vers une « mise en pensée », obligation de dénouer la réalité et ses ressorts. « L’émulsion » de l’éducation dit l’une d’entre nous. Cultiver en nous, en quelque sorte, une capacité d’indignation, entre colère et révolte et loin des « petits agacements », comme véritable valeur

 

■ On décrit donc ici une posture individuelle –quoique accompagnée- et peut être que l’éthique consiste en cela par distinction avec les réponses toutes faites de la ou des morales. L’un d’entre nous dit en quoi il se refuse aux indignations qu’on nous prescrit (ce qui m’ a rappelé  le texte de Michel Foucault que je mets ci-dessous). Garder son libre arbitre, comme nous l’avons déjà vu.

 

■ Mais il ne s’agit là (ressentir, élaborer une pensée personnelle sur la chose) que de prémices, car il y a la question : quel  « débouché » à l’indignation ? Autrement dit, question de l’engagement. Par-là réapparait le collectif : si les choix d’investissements, le classement de ses priorités,  sont personnels et impliquent une certaine continuité, l’action ne peut être[2] que organisée et réalisée ensemble.

 

■ En fin de compte, l’esprit de justice resurgit sur la scène pour fournir au soulèvement d’indignation -réaction première (sinon primaire) - une voie, un chemin, une finalité.

Si l’indignation peut être vue comme un choc, une rupture féconde dans le registre de la considération du « bien » c’est pour ouvrir à un réagencement de la pensée du juste.

Un auteur contemporain fait l’exégèse d cette indignation comme secousse dans l’ordre de la considération du bien et il la voit comme un mouvement équivalent à celui de l’étonnement dans l’ordre de l’approche de la vérité. L’un et l’autre –étonnement et indignation –seraient des commencements philosophiques.

«Mais le rappel à l'être dans l'étonnement, lorsque l'âme se trouve confrontée à une énigme, et le rappel du bien dans l'indignation, lorsque l'âme se trouve confrontée à une injustice, instaurent une double rupture dans la continuité de l'expérience. C'est à cette occasion, quand l'âme ayant rompu ses amarres se retrouve seule, qu'elle comprend d'un seul coup quel est cet éclair même qui vient illuminer la pensée. L'étonnement et l'indignation sont donc les deux modalités de l'exaiphnes [lumière soudaine], l'une qui nous tourne instantanément vers l'être, l'autre qui nous détourne aussitôt du mal. Il y a ici un double éblouissement, ontologique et éthique, qui accorde l'âme au monde, et qui accorde l'âme aux hommes en la détachant du monde pour se consacrer au bien »

Jean François Mattei, De l'indignation, Éditions de la Table Ronde, Paris, 2005

 

■ Nous avons aussi exploré le rapport entre indignation et les notions de dignité, indignité, digne et indigne. Nous avions noté dans le document piste que le passage de l’un à l’autre n’allait pas de soi. Le passage par les notions juridiques nous a fourni quelques chemins quand même : moins du côté de la qualification de l’indignité (dont la sanction est désormais limitée à quelques situations) que du côté des atteintes à la dignité (code pénal) ou du droit à (être traité dans) la dignité.

 

■ Nous avons lu aussi un extrait de Kant. Nous en avons conclu que, par-delà la pluralité infinie des motifs et des « causes » toujours surajoutées d’indignation, l’indignation est une atteinte ressentie à une conception universelle (et universalisante, donc) de l’humain. Nos indignations nous sont donc précieuses pour nous renseigner sur nos conceptions spontanées de l’humain. Et, donc, pour les soumettre à la critique, les réélaborer, approfondir au fur et à mesure des découvertes de « mondes » multiples.

C’est aussi la question de la confrontation entre théorie des « droits de l’homme » et mondialisation : un sujet pour un prochain café φ ?

 

Pierre M 29/04/2014

 

  Refuser «la sainte indignation des gouvernés ? » DOCUMENT

Michel Foucault

extrait de la Conférence de presse annonçant la création du Comité International contre la Piraterie (défense des boat people), Genève juin 1981 :

 

[…]Troisièmement :

Il nous faut refuser le partage des tâches que, très souvent, on nous propose : aux individus de s’indigner et de parler ; aux gouvernements de réfléchir et d’agir. C’est vrai : les bons gouvernements aiment la sainte indignation des gouvernés, pourvu qu’elle reste lyrique. Je crois qu’il faut rendre compte que très souvent ce sont les gouvernants qui parlent, ne peuvent et ne veulent que parler.

 L’expérience montre qu’on peut et qu’on doit refuser le rôle théâtral de la pure et simple indignation qu’on nous propose.

Amnesty International, Terre des Hommes, Médecins du Monde sont des initiatives qui ont créé ce droit nouveau : celui des individus privés à intervenir effectivement dans l’ordre des politiques et des stratégies internationales. La volonté des individus doit s’inscrire dans une réalité dont les gouvernements ont voulu se réserver le monopole, ce monopole qu’il faut arracher peu à peu et chaque jour

 


[1] Le cynisme est pris ici dans son sens courant moral de « mépris des conventions sociales ou des opinions reçues, de l’opinion publique…. ». Il est à distinguer (malgré certains rapports) de l’école philosophique antique des « cyniques » qui prônaient un mode de vie effectivement en rupture totale des conventions avec des arguments philosophiques. Antisthène (disciple de Socrate) en est son fondateur mais Diogène en est son représentant le plus célèbre : son impudeur délibérée s’ajoute à un refus de position stable, un mépris de l’argent, un choix d’être sans cité, sans demeure (le tonneau) etc…Platon aurait dit de lui : « c’est Socrate devenu fou ».

[2] Sans négliger l’acte isolé dit « héroïque » isolé survalorisé à certaines époques ou dans certaines cultures. À reprendre en discussion ?

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Published by Marie-Jo - dans CAFE-PHILO

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Le billet de la présidente ...

 

 

L'association "Ballade Philosophique sur les Rivages Palavasiens" a été créée en date du 12 mai 2008.

 

Pourquoi "ballade" avec deux "ll" ?

Choix délibéré. Associer la philosophie et la littérature, apogée de l'outrecuidance pour certains me direz-vous, cependant les interrogations , les réflexions sur l'être et sur le monde, ces questionnements cruciaux qui peuvent parfois nous effrayer, pourquoi ne pas les aborder sur une note plus légère et le choix du terme "ballade" peut rendre plus accessible cette discipline.    

 

Découverte ludique de la philosophie sous forme de cours et de débats pour adultes consentants.

 

Pourquoi la philosophie ? Nostalgie d'une année de terminale, curiosité de l'esprit, besoin de comprendre et d'analyser le monde dans lequel nous évoluons, puisque la philosophie traverse toutes les époques, avec parfois, plus ou moins de difficultés.

Egalement le souhait de rendre cette discipline accessible au commun des mortels.

 

Développer notre écoute, réfléchir, être capable d'exprimer nos pensées, nos convictions, prendre en compte les opinions d'autrui, c'est aussi l'apprentissage de la philosophie. D'autant que les thèmes abordés concernent tout le monde.

 

La cotisation annuelle est fixée à 20 € et 30 € pour les couples ou deux enfants de la même famille.

 

Le bureau assume la logistique, le relationnel, la communication et l'évolution du concept.

 

Les différentes disciplines sont assurées par des intervenants.

 

L'association remercie les intervenants qui participent au maintien et à l'évolution du concept, les adhérents et les participants aux différentes manifestations qui permettent à l'association d'exister.

 

Votre contact mail : marijo.alenda@orange.fr 

SAISONS "CAFE-PHILO"

SAISON 2016-2017

- RENTREE EN IMMERSION LENTE ET APNEE DETENDUE AU CAFE-PHILO

- CE CHANGEMENT, CES NOUVEAUTES QUI FONT CRAINDRE POUR L'HUMAIN ... OU PARFOIS ESPERER ?

- LE MOT JUSTE ... Performance littéraire ? Exigence éthique ? Volonté de communiquer ?

- OH, MOI, VOUS SAVEZ, LA FAMILLE ... Avoir une (de la) famille, être une famille, faire famille ... ou pas !

- ATTENDRE - Sous l'empire de l'attente : captivité ou libre espoir ?

- FAUT-IL VOULOIR TOUT EXPLIQUER ?

- LA CONFIANCE

 

SAISON 2015-2016

- QUAND VIENT LA FIN DE L'ETE ... PHILOSOPHER SUR LES SAISONS

- ENERGIE PERSONNELLE : à la recherche de la source merveilleuse ?

- L'AMBITION, une passion ... Démocratique ou Aristocratique ? 

- PEUR ET PEURS

- LE VIVRE-ENSEMBLE dans la société des individus 

- DONNE ! Que fait-on en donnant ... ou pas ?

- LES BEAUX JOURS ... Les regretter ? Les attendre ? Les rêver ? Les faire advenir ou revenir ? 

- LE NATUREL

- L'INTUITION

- CONVERSATION SUR L'ART ET LES ARTS

 

SAISON 2014-2015

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- DE L'ANIMAL EN NOUS ET PARMI NOUS

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- PHILOSOPHIE DU PERE NOEL

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- DU MENSONGE entre fait banal et fait de scandale

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- TU PARLES !! Ne parle-t-on que pour communiquer ou exprimer des pensées ?

- LACHER PRISE : périlleux ou salvateur ?

 

SAISON 2013–2014

- DIVERTISSEZ-VOUS, réalités et significations du « faire la fête » aujourd’hui

- COMMENT PEUT-ON (NE PAS) ETRE LAIQUE ?

- L'AMITIE, au cœur et ... au risque de l'engagement humain

- DOUTE ET CERTITUDE

- LA PART DU "JUSTE"

- LE TEMPS

- S'INDIGNER ?

- LE RIRE

- FEMME et HOMME - FEMININ/MASCULIN

 

SAISON 2012–2013

- PRIVE-PUBLIC, comment ça structure nos univers ?

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- QUELLE ACTUALITE POUR LE "LIBRE-ARBITRE" ?

- LE GAI SAVOIR & LES PHILOSOPHES DE LA JOIE DE VIVRE

- LE CORPS, pensée et usages hier, aujourd'hui, demain

- Et si - par hasard - LE DESTIN N'EXISTAIT PAS ... faudrait-il l'inventer ?

- L'AMOUR : sa vie, ses œuvres, sa romance, ses territoires et ses parts de marché

- EN CONSCIENCE ?

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- THEATRE VIE PHILOSPHIE

 

SAISON 2011–2012

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- TOUT VA TROP VITE ? Vitesse et accélération dans nos existences contemporaines

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SAISON 2010–2011

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SAISON 2009–2010

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A Lire ...

CAFE-LITTERAIRE & CONFERENCES

CAFE-LITTERAIRE

 

SAISON 2015-2016

Café-littéraire avec :

Monsieur Gérald DUCHEMIN

En date du vendredi 04 septembre 2015

La maison d'édition "Le Chat Rouge"

 

CONFERENCES

 

SAISON 2015-2016

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 06 novembre 2015

"Le rêve"

 

Conférence de :

Madame Elise LANCIEN-ISNARD

En date du vendredi 08 avril 2016

"Ecrire oui ... mais comment ! L'accompagnement littéraire ... Une solution !" 

 

Conférence de :

Monsieur Pierre FERRARA

En date du mercredi 18 mai 2016

"La science des ruses et l'art de la ruse"

 

SAISON 2014-2015

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 12 décembre 2014

"Le rêve"

 

Conférence de :

Monsieur Samuel COHEN-SALMON

En date du vendredi 20 mars 2015

"Le rêve"

 

SAISON 2013-2014

Conférence de :

Madame Mireille ZARB-LOMBARD

En date du mardi 17 juin 2014

"Une incroyable quantité de temples à la beauté indicible sur le sol de l'Inde"

 

SAISON 2012-2013

Conférence de :

Monsieur Pierre FERRARA

En date du vendredi 14 juin 2013

"Ulysse et l'éternelle errance"

 

SAISON 2011-2012

Conférence de :

Monsieur Jean-Marie GUIRAUD-CALADOU

En date du vendredi 25 mai 2012

"Le tarentisme méditerranéen"

 

SAISON 2010-2011

Conférence de :

Monsieur Michel THERON

En date du vendredi 19 novembre 2010

"Un regard laïque sur la religion"

 

SAISON 2009-2010

Conférence de :

Monsieur Jean-Marie GUIRAUD-CALADOU

En date du samedi 23 janvier 2010

"La musique est-elle un langage ?"

 

Conférence de :

Monsieur Richard AMALRIC

En date du vendredi 05 mars 2010

"Les cinq sens"

 

 

LA PHILO ... Alain GUYARD

SAISON 2010-2011

PHILO-COMPTOIR

animée par Monsieur Alain GUYARD 

En date du vendredi 04 février 2011

"Décapitez tous les philosophes !"

 

BATEAU-PHILO

animé par Monsieur Alain GUYARD

En date du lundi 08 août 2011

"Platon, philosophe de haute-mer, la dérive de la pensée et l'archipel des certitudes" 

 

CAFE-PHILO "PISTE & TRACE"

Chaque "Café-Philo" fait l'objet d'une :

 

- PISTE

(diffusée avant chaque café-philo afin de se préparer à débattre du thème choisi)

 

- TRACE

(diffusée aprés chaque café-philo, un résumé des pensées et réflexions du thème choisi)

 

A découvrir dans le pavé bleu de droite, rubrique "A Lire ..."

Ballade Philosophique Sur Les Rivages Palavasiens